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La grue cendrée
(Grus grus)

Déjà, vers la fin du mois d’octobre, les vols ondulants animent le ciel, accompagnés de cris incessants « krou-krou-krou ». Les premiers groupes de grues cendrées annoncent la migration automnale vers le Sud, pour passer l’hiver sous des cieux plus cléments.

Beaucoup voient dans les migrations cycliques des grues un symbole de régénération. Certains les rattachent au culte hyperboréen, issu de la Mythologie Grecque. Ces habitants mythiques de l’Europe du Nord vivaient dans un pays considéré comme étant le Paradis sur Terre.  Les grues cendrées seraient en quelque sorte, les messagères de cet autre univers, « derrière le vent du Nord ».

Pendant les migrations, l’oiseau traçant la route en tête du V n’a devant lui que l’horizon illimité. Mais les autres, en position décalée, ont aussi devant eux l’espace vide. De temps en temps, la meneuse laisse la place à une autre, et reprend un grade plus modeste dans le vol. Les Anciens voyaient dans ce manège un grand sens de la responsabilité et un symbole évident de démocratie.  

Mais la grue cendrée n’est pas qu’un symbole. Elle est aussi un oiseau perfectionné, pouvant voler à haute altitude et sur de longues distances. Elle suit invariablement la même route, une bande d’une centaine de kilomètres de largeur, qui la mène à l’automne du nord de l’Europe vers la France, l’Espagne et l’Afrique du Nord, et retour au printemps par le même chemin.
L’espèce se reproduit dans le nord de l’Europe, Scandinavie, Danemark, Pologne, Russie et Sibérie. 
L’hivernage voit les effectifs s’arrêter en France (Champagne et Landes de Gascogne), et surtout en Espagne, en Estrémadure. Quelques milliers d’oiseaux vont jusqu’au Maroc. Une autre trajectoire de migration mène les vols jusqu’à la Tunisie et l’Algérie, venant de Finlande.  Les populations d’Asie Centrale migrent jusqu’en Ethiopie, via la Vallée du Nil, pour y passer l’hiver.

La grue cendrée est un oiseau magnifique, marchant posément de façon élégante dès qu’elle est au sol. Son plumage gris ardoise, rehaussé de noir ou de noir bleuté sur les primaires et les secondaires, donne à cet échassier une allure altière. Ces plumes assez longues tombent en cascade sur la queue courte, et « dansent » quand l’oiseau bouge.
La tête présente une tache rouge, partie de peau nue au sommet de la calotte. Le cou dans sa partie supérieure, la gorge, le front et la nuque sont de couleur noire. Une tache blanche partant des yeux, descend vers l’arrière du cou. Le bec gris présente un peu de rougeâtre à la base. Les yeux rouges donnent du mystère au regard. Les longues pattes noires à trois grands doigts (le pouce étant insignifiant) portent cet ensemble majestueux avec une certaine légèreté.

Les jeunes sont de taille un peu inférieure, et la couleur châtain prédomine sur la tête entièrement emplumée. La gorge grisâtre et les parties supérieures brunâtres font la différence, de même que la queue,  moins volumineuse.  Pattes brunes ou gris foncé, iris gris ou brun, il leur faudra plusieurs mues successives pour arriver au beau plumage des adultes, en trois ou quatre ans. Les deux sexes sont pratiquement identiques. 

La grue cendrée est un oiseau timide qui fuit au moindre danger, en courant sur quelques mètres avec les ailes déployées avant de s’envoler. Elle est également un  oiseau bruyant ! Sa voix peut se décrire comme un croassement portant loin, lancé sur un ton haut perché et âpre « krouou » et « grououj », mais aussi « kaerr ». Des variations peuvent être entendues sur les aires de nidification, en particulier au moment de la spectaculaire parade nuptiale.  

Celle-ci commence en février sur les aires d’hivernage, mais atteint son paroxysme en mars. Les grues marchent à pas rapides et courts, ailes entrouvertes, en dessinant des cercles, des ellipses ou des huit. Elles se font de profondes révérences et sautent en l’air à droite et à gauche, ramassant au sol n’importe quel objet, et s’arrêtant d’un seul coup en adoptant une attitude raide. Les cris fusent de toutes parts, l’agitation dure un petit moment et se calme, pour mieux reprendre un instant plus tard.
La grue est monogame et le couple reste uni pour la vie.

En période de reproduction, cet oiseau si grégaire le reste du temps devient territorial. Le couple niche isolément dans les zones humides et boisées, ou sur un îlot pour mieux se protéger des prédateurs.

Le nid est une grande plate-forme faite d’herbes sèches, sur le sol. La couvée comprend un ou deux œufs, et l’incubation de quatre semaines est partagée entre les deux parents. Les poussins sont nidifuges et suivent très vite les adultes à travers les marais à la recherche de nourriture, essentiellement composée à ce moment-là d’insectes et de mollusques, mais aussi de petits vertébrés.
Les jeunes s’envolent à l’âge de deux mois, mais restent avec leurs parents jusqu’à la fin de l’hiver. Ils ne se reproduiront qu’à l’âge de trois à cinq ans.  

La grue cendrée aime les zones humides, les chênaies et les champs de céréales cultivés et moissonnés.

Elle trouve là une alimentation abondante, composée de matières végétales, graines de toutes sortes mais surtout de céréales, racines, et tiges de plantes subaquatiques au bord des étangs. Les glands font aussi partie de son régime, surtout en novembre et décembre. Elle se nourrit aussi d’insectes, de mollusques et de petits crustacés.  Occasionnellement, elle capturera de petits oiseaux vivant au sol, et des petits rongeurs.  

Les grues sortent de leur dortoir aux premières lueurs de l’aube,  mais les mouvements sont très importants et spectaculaires au lever du soleil, un peu avant, les jours de grande clarté, et un peu plus tard, les jours nuageux.

L’avancée est bruyante, les cris se font entendre de fort loin. Les oiseaux volent à environ une centaine de mètres du sol. Elles restent sur les zones de nourrissage jusqu’au coucher du soleil. Les grues vont d’un point à un autre en vols courts et toujours en criant.
Quand elles sont posées au sol, elles crient de manière différente, comme un signal d’alerte, sur deux notes, la seconde plus grave. Il est courant d’observer des postures qui ne sont pas sans rappeler les attitudes adoptées pendant la parade nuptiale.

Le retour aux dortoirs de fait par le même chemin que le matin. Celles qui sont déjà posées crient, et celles qui arrivent leur répondent. Le lieu où se posent les premiers groupes indique l’endroit où se fera la plus grande concentration d’oiseaux pour la nuit.  Les oiseaux dorment la tête sous l’aile, mais des « guetteurs » restent vigilants, prêts à donner l’alerte à la moindre menace.     

La grue cendrée, dont les populations paraissent relativement stables, se trouve cependant menacée par la destruction ou la transformation de son habitat, notamment sur les sites d’hivernage.
Le déboisement des chênaies, les empoisonnements liés au nourrissage dans les zones agricoles où l’utilisation de produits chimiques est habituellement importante, l’exploitation, et donc, le drainage des sites de nidification, les collisions avec les lignes électriques, la chasse, les dérangements humains… sont autant de menaces qui pèsent sur cette espèce.

Leur présence dans nos Landes de Gascogne où je les observe chaque année me remplit de joie. Entendre leurs cris, tôt le matin, avant même de les apercevoir, les attendre, les yeux fixés sur l’horizon, et voir enfin ces grands V ondulants sur fond de ciel bleu et de soleil levant, restent des moments inoubliables.
Regarder ensuite le vol grossir au fur et à mesure de son avancée, voir ces grands oiseaux ralentir et laisser pendre leurs longues pattes en prévision de l’atterrissage, et enfin contempler ce grand troupeau mouvant au sol, représentent les scènes régulières d’un spectacle en plusieurs actes, joué maintes et maintes fois, et renouvelé chaque année,  pour notre plus grand plaisir.

Texte et photos de Nicole Bouglouan

Rapport d'observation: Le retour au dortoir

Sources :

Observations personnelles pendant l’hivernage dans ma région. 

THE HANDBOOK OF BIRD IDENTIFICATION FOR EUROPE AND THE WESTERN PALEARCTIC, by Mark Beaman, Steve Madge - C.Helm - ISBN: 0713639601

Pájaros de España (JL Beamonte)
 
Wikipedia (Wikipedia, The Free Encyclopedia)

What Bird-The ultimate Bird Guide (Mitchell Waite)

Syndicat mixte de gestion des milieux naturels - Site d'Arjuzanx

Informations about migration sites and Common cranes

BirdLife International

 

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