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Le vautour fauve
(Gyps fulvus)

Ordre des Accipitriformes – Famille des Accipitridés

C’est dans le nord de l’Espagne et en Estrémadure que j’ai eu la joie de rencontrer ce magnifique rapace.

Habitant des falaises escarpées et des zones rocheuses offrant des parois riches de cavités où il pourra nicher, le vautour fauve hante les canyons et les gorges de sa large silhouette, glissant le long des murs de pierre ou planant en groupe dans les courants thermiques, animant le bleu du ciel. Il suffit de lever les yeux. Certains tournoient dans les airs, d’autres restent posés au bord des précipices. Grégaires, ils sont là, côte à côte, tellement semblables qu’une succession de miroirs ne produirait pas meilleure illusion.

Le vautour fauve est un rapace de grande taille. Brun fauve sur le dessus, les ailes aux primaires noires sont plutôt foncées. La queue, courte, est noire également. Des tons variés allant du brun au roux habillent les parties inférieures. Le long cou dénudé est couvert d’un court duvet blanc crème. A sa base, à l’arrière, l’absence de plumage laisse à nu une plaque de peau violacée, tout comme celles qu’il découvre parfois volontairement, situées sur sa poitrine, et qui sont le reflet de son calme ou de son excitation, passant du blanc au bleu, puis au rouge, selon l’humeur.

Une collerette de plumes blanches ou brun clair orne le tour de son cou et ses épaules, souvent tachée de rouge par le sang des carcasses dont il se nourrit. Les yeux brun doré donnent vie à cette tête dotée d’un bec puissant et clair, crochu, fait pour déchiqueter les chairs. Les immatures ont la silhouette des adultes mais sont plus foncés. Il leur faudra quatre années pour obtenir graduellement le plumage définitif.

Le vol du vautour fauve est une véritable démonstration de virtuosité. Il plane pendant de longs moments, bougeant à peine les ailes, de manière presque imperceptible et mesurée. Longues et larges, elles portent sans difficultés ce corps de couleur claire, contrastant avec les primaires et les secondaires beaucoup plus foncées.

Quand l’oiseau s’envole du sol ou depuis un mur escarpé, il effectue de lents et profonds battements où s’engouffre l’air qui va le soulever. L’atterrissage est tout aussi beau à voir, avec ses mesures d’approche, les ailes freinant efficacement l’impact, les pattes détachées du corps, prêtes à toucher la roche.

C’est en vol qu’il repère sa nourriture. Lorsqu’il est posé, s’il sent une légère brise, il la met à profit pour s’envoler. Si le soleil est chaud, il monte dans le ciel jusqu’à devenir un point inaccessible. Là, il plane pendant des heures, surveillant le sol en dessous, mais aussi les autres vautours dont le moindre changement d’attitude ou de vol peut laisser présager un animal mort qui les nourrira.

A ce moment-là, il descend, s’approchant en compagnie des autres vautours, planant dans la zone située au-dessus de la charogne. Commencent alors les tours interminables où chacun observe l’autre sans se décider à se poser.

Ce sont souvent les percnoptères et les corvidés qui s’installent en premier et dévorent les parties tendres (la langue, les yeux…). Les vautours fauves ensuite établissent la hiérarchie, venant d’endroits différents pour se concentrer en une  même zone restreinte. Certains descendent en piqué sans se poser, d’autres forment une spirale dans le ciel.

Enfin, l’un d’eux  se pose loin de la carcasse, à une centaine de mètres. Les autres suivent très vite. Alors commence la lutte pour la hiérarchie et la domination temporaire des uns sur les autres. Après divers accrochages et autres tentatives d’intimidation, un vautour plus hardi que les autres va directement à la carcasse où déjà un vautour dominant a ouvert le ventre et commencé à dévorer les entrailles. Les derniers arrivés sont rejetés par le dominant qui leur fait face. Ils répondent en étirant le cou et la tête, hérissant les plumes des épaules et de la collerette, et lèvent une patte vers leur adversaire, et parfois, ils sautent vers lui, les ailes ouvertes.

Bien que ces attaques paraissent violentes, malgré les grands mouvements d’ailes, les coups de becs, les sauts et les sifflements, la scène est simplement grotesque car la lutte n’est pas vraiment sérieuse. Seules quelques traces laissées par les coups de becs sur le cou et la tête sont les témoins de ce pseudo- affrontement.

Dans tous les cas, le dominant ne peut pas le rester longtemps, devenant vulnérable au moment où il se nourrit. Sa vigueur à défendre sa position dépend beaucoup de sa faim. Il est dit aussi que lorsque près d’un cadavre, il baisse la tête et la garde pendante, c’est sûrement pour stimuler la sécrétion des sucs digestifs. Il est probable que le degré d’agressivité entre les vautours candidats au festin soit proportionnel à la sécrétion de ces sucs.  

Les scènes de rapaces nécrophages en train de se nourrir sur une carcasse causent toujours la surprise de l’observateur, en voyant comment le corps d’un animal peut être  réduit à l’état de peau et d’os en peu de temps ! Les vautours sortent de ce festin la tête et le cou couverts de sang, ainsi que les plumes mouvantes de la collerette. Il arrive qu’un vautour « entre » littéralement dans la carcasse avec force grognements et dévore les morceaux de choix ! Ensuite, s’il trouve de l’eau à proximité, il ira se laver en se plongeant dans l’eau, et restera un bon moment au soleil pour se sécher, ailes ouvertes.

Le vol nuptial représente une période importante dans la vie du vautour fauve. Ces vols ont lieu vers novembre-décembre, et sont un spectacle inoubliable pour celui qui a la chance d’y assister. Même si cette parade n’est pas aussi spectaculaire que celle d’autres rapaces, elle marque, par ses courts piqués effectués par les deux oiseaux ensemble, l’un poursuivant l’autre, le début de la reproduction.  Ces vols peuvent avoir lieu tout au long de l’année, et regroupent souvent d’autres oiseaux qui se joignent aux précédents.  
A grande hauteur, un couple de vautours fauves décrit des cercles lentement, les ailes étendues et raides, l’un près de l’autre ou si bien superposés qu’ils paraissent unis par un fil invisible. Ils vont ainsi dans le ciel, pendant de courts instants, se suivant, ou volant en parallèle, dans une harmonie parfaite. Ces figures portent le nom de « vol en tandem ».   

A cette période, les vautours vont dormir sur les lieux qui verront la construction du futur nid. Ils nichent en colonies, se rassemblant à plusieurs couples pour nidifier dans une même zone. Il arrive qu’une colonie abrite une centaine de couples. Elles sont installées à une altitude variable pouvant atteindre parfois 1600-1800 mètres, mais en général, on les trouve autour de 1000-1300 mètres.

Le nid est construit dans une cavité rocheuse, difficilement accessible à l’homme. Il est fait de rameaux de bois de taille moyenne, de un à deux centimètres de diamètre, d’herbes, et de brindilles plus fines. Il n’est pas très grand si l’on tient compte du gabarit de l’espèce. L’aspect du nid diffère d’un vautour à l’autre, et même d’une année sur l’autre chez un même couple. Il peut faire 60 cm de diamètre comme 1,20 mètre, posséder en son centre une dépression bien tapissée d’herbes, ou juste un simple creux tapissé des plumes d’autres vautours, récupérées dans un dortoir voisin. La décoration est aussi changeante que le caractère du propriétaire des lieux!

La femelle pond un seul œuf blanc, en janvier parfois, mais plutôt en février. Les deux partenaires se relaient pour incuber l’unique œuf au moins deux fois par jour. Les changements sont très cérémonieux, les rapaces effectuant des mouvements lents et calculés, avec beaucoup de spectacle.

L’incubation dure au moins 52 jours, jusqu’à deux mois. Le poussin qui naît est très faible, avec peu de duvet et un poids de 170 grammes en moyenne. Les premiers jours de leur vie sont périlleux, sachant qu’ils naissent en montagne et à une certaine altitude. A cette époque de l’année, la neige est abondante et beaucoup ne résistent pas à ces dures conditions, malgré l’attention des parents. Le vautour aime le soleil et déteste la pluie ! C’est la raison pour laquelle les parents couvent le poussin en permanence, en se relayant.

A trois semaines, le poussin est enfin entièrement recouvert de duvet dense, et ses cris, si faibles au départ, se font plus puissants. Les parents le nourrissent pendant les premiers jours avec une masse pâteuse régurgitée à intervalles réguliers. A deux mois, il pèse déjà six kilos.    

Le juvénile à cet âge-là a une façon particulière de réagir s’il est menacé ou même saisi. Il vomit carrément un grand volume de viande à moitié digérée. Réaction de peur ou d’agressivité ? En revanche, il ne se défend pas contre les intrus et ne donne pas de coups de becs, bien que fidèle aux changements d’humeur de ses géniteurs, il puisse se montrer parfois agressif.

Les plumes apparaissent autour de 60 jours, et il prend alors très vite l’apparence des adultes.
Quatre mois complets sont nécessaires pour que le jeune vautour vole enfin librement. Cependant, il n’a pas pour autant gagné son indépendance, les parents le nourrissant encore par régurgitation. Il arrive souvent que les jeunes suivent les adultes cherchant de la nourriture, mais ils ne se posent pas près des carcasses, préférant revenir à la colonie et rester groupés jusqu’au retour des parents qui les nourrissent alors en abondance.

Après la reproduction, les vautours dont les colonies sont au nord ou en haute montagne, se déplacent vers le Sud, mais rarement sur de très longues distances. La majorité semble cependant être  sédentaire.
Espèce éminemment grégaire, le vautour fauve forme de grandes bandes, suivant son abondance sur les zones déterminées. Les dortoirs sont souvent situés au même endroit que la colonie de nidification, ou tout près.

Actuellement, le vautour fauve se reproduit en Espagne et sur le Grand Causse dans le Massif Central. On le trouve dans des zones essentiellement méditerranéennes, se reproduisant localement dans les Balkans, au sud de l’Ukraine, sur les côtes albanaises et yougoslaves, atteignant l’Asie par la Turquie, et arrivant dans le Caucase, la Sibérie, et jusqu’en Chine occidentale. Il est rare dans le nord de l’Afrique. La principale population européenne est celle de l’Espagne. 

Extrêmement protégée, objet de réintroductions bien réussies en France, l’espèce est cependant menacée par des dangers divers et les causes sont multiples. D’abord le climat difficile de haute montagne, cause de la mortalité des poussins ; la prédation des nids et le vol des œufs et des poussins ; le bétail en liberté diminue, n’offrant pas autant de cadavres aux colonies ; les actuelles mesures sanitaires obligeant à enterrer les animaux morts, privent les rapaces de cette manne ; les morceaux de viande empoisonnés destinés aux renards et qui sont fatalement absorbés par les vautours qui en meurent ; les lignes électriques ; les plombs perdus…

Le vautour fauve est aussi accusé d’attaquer des animaux vivants. Le bétail livré à lui-même dans nos montagnes n’est pas protégé. Les femelles mettent bas sans surveillance. Tout le monde sait que ces rapaces sont friands du placenta, et l’animal et son petit, en état de faiblesse à ce moment-là, deviennent des proies trop faciles.

Facile aussi, dans ce cas, d’accuser le vautour qui a eu le tort de trop bien se reproduire dans nos belles Pyrénées…c’est la mode de nos jours : on extermine, on réintroduit, et on extermine à nouveau parce que l’expérience a trop bien réussi !  Peut-être que garder un œil sur les troupeaux serait une façon simple et peu onéreuse de protéger le bétail, n’était-ce pas ce qui se faisait, il n’y a pas si longtemps ?  Même encore à présent, le vautour fauve est considéré comme un animal du diable, annonceur de la mort… En réalité, il dérange.    

L’installation de « mangeoires » artificielles peut compléter la rareté de la nourriture, mais les vautours ne se convertissent pas pour autant en paresseux, et continuent de sillonner leurs zones habituelles de recherche, afin de nettoyer la nature. Et quand la nourriture vient à manquer, ils gagnent d’autres lieux où la main de l’homme essaie de réparer les dégâts qu’elle a causés… 

Voir aussi le rapport d'observation: Vautours, troupeaux et chiens

Texte et photos de Nicole Bouglouan

Pour plus d’informations sur ce rapace, voici un article rédigé en espagnol par Javier Pastor Gonzalez:
EL BUITRE LEONADO

Autre lien: Les vautours de l'Ancien Monde

D’autres photos : PHOTOGRAPHIC RAMBLE

Sources :

HANDBOOK OF THE BIRDS OF THE WORLD Vol 2 by Josep del Hoyo-Andrew Elliot-Jordi Sargatal - Lynx Edicions - ISBN: 8487334156

THE HANDBOOK OF BIRD IDENTIFICATION FOR EUROPE AND THE WESTERN PALEARCTIC by Mark Beaman, Steve Madge - C.Helm - ISBN: 0713639601

GUIDE DES RAPACES DIURNES – Europe, Afrique du Nord et Moyen-Orient de Benny Génsbol – Delachaux et Niestlé – ISBN : 2603013270 

Wikipedia (Wikipedia, The Free Encyclopedia)

Observations personnelles sur le terrain.

 

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