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Le Vautour percnoptère
(Neophron percnopterus)

Ordre des Accipitriformes – Famille des Accipitridés

Plus petit que les autres vautours, ce rapace blanc et noir à la face nue et jaune, nous fascine par son ingéniosité et son allure énigmatique. Objet de légende partout où il passe, sa présence revêt une importance culturelle non négligeable.

Transmises de façon orale depuis des siècles, ces légendes rendent évident son statut d’oiseau sacré.  L’une d’elles rapporte le mythe de l’Oiseau Phoenix qui s’immolait par le feu pour mieux revenir, renaissant de ses cendres. Transformée au fil des siècles, c’est dans les îles Canaries où ce vautour est encore présent que l’on retrouve sa trace, assurant que lorsque cet oiseau sent la mort, il s’élève jusqu’au ciel et s’évanouit dans les airs… Ne le laissons pas s’envoler si loin, et profitons de sa présence tant qu’elle nous est offerte !

La première fois que j’ai vu ce vautour, il volait au-dessus d’une décharge, son garde-manger favori ! J’ai cru voir une cigogne. Mais dans ma tête, quelque chose ne « collait » pas… les pattes ne dépassaient pas derrière la queue, pas de long cou, pas de long bec !

Alors, j’ai à nouveau levé la tête et je l’ai admiré, volant lentement sur fond de ciel bleu, dans toute sa splendeur et sa majesté ! Un autre vautour est venu le rejoindre, puis encore un autre, et ils se sont mélangés aux autres oiseaux déjà présents. Le spectacle ne faisait que commencer… 

L’un d’eux est allé se poser sur un petit promontoire rocheux, ce qui m’a permis d’approcher doucement, sans le déranger. J’ai observé sa face et sa gorge nues et jaune vif, son bec fin et crochu, fait pour déchirer, sa tête blanchâtre, hirsute avec sa couronne de plumes plus ou moins hérissées, son corps trapu, sa silhouette voûtée, portée par deux puissantes pattes claires aux serres menaçantes.

Son plumage blanc contraste avec l’extrémité noire des ailes. Des ombres brunâtres sur le cou, la poitrine et le dos donnent du relief à cet ensemble imprégné de force tranquille. Le vautour percnoptère est peut-être plus petit que ses congénères, mais il  n’en est pas moins un beau rapace intelligent et utile.

Oiseau plutôt silencieux, il émet parfois une roulade accélérée pendant les vols nuptiaux. Ces parades aériennes sont magnifiques. Vols parallèles, en ligne, côte à côte les extrémités des ailes se touchant presque, acrobaties, piqués, planés, retournements en plein vol pour présenter les serres au partenaire. C’est l’apothéose de son art ! Ce rapace qui peut apparaître lent et maladroit dans certaines phases de vol classiques, se déchaîne lors de ses exhibitions amoureuses.

Le vautour percnoptère installe son nid dans une  cavité rocheuse surmontée d’une saillie qui le protège. Il vit dans les zones montagneuses où se trouvent des falaises, mais vole en terrain découvert pour chasser et se nourrir. Il est important que le site du nid soit situé près d’une vallée fluviale où le bétail pourra paître, car celui-ci représente une partie de ses ressources alimentaires.

Le nid est sommaire. Quelques branches d’arbustes sèches et morceaux de bois, mélangés avec des ossements et divers « restes » malodorants constituent le nid, tapissé de laine de mouton. Les deux adultes apportent les matériaux de ce véritable dépôt d’ordures ! 
Deux œufs blanc sale tachés de brun sont déposés en ces lieux, et éclosent 42 jours plus tard. Couverts de duvet blanc, les poussins sont de taille distincte et bien souvent, le plus chétif meurt, laissant à l’aîné toutes ses chances. Le poussin est couvé par sa mère plusieurs fois par jour. Il est nourri avec des morceaux de viande arrachés aux proies apportées au nid.
Lorsque le plumage a poussé, le jeune reste à proximité du nid où il est nourri par les adultes. Dans la journée, il profite du soleil, ailes entrouvertes. 

Ce vautour se nourrit de cadavres, de déchets, de charognes, et d’une multitude d’autres choses, allant des grenouilles, petits reptiles et insectes, aux œufs, fruits, et matières fécales laissées par le bétail sur les pâturages. Il déparasite les vaches, les débarrassant des tiques qui encombrent leurs orifices naturels, le tout se passant tranquillement lorsque l’animal est couché ! En présence d’un cadavre, le vautour percnoptère laissera d’abord la place aux corbeaux qui dévorent les parties tendres. Ensuite, vient son tour. Il déchire l’abdomen afin de se nourrir des viscères.

Plusieurs individus sont posés à proximité, attendant leur tour.  Une hiérarchie existe, basée sur l’âge de l’oiseau, les plus jeunes passant après les adultes. Parfois, il est possible de distinguer une saillie de peau jaune sur le jabot.  Il semble que cette saillie indique aux autres vautours  présents que ce dernier est rassasié. Le jabot plein et gonflé écarte les plumes à cet endroit-là, laissant apparaître une boule de peau nue. Cela entrerait aussi dans leur façon d’aborder la nourriture dans un certain ordre.  

Le vautour percnoptère fait partie des animaux qui savent employer des outils. Dans certaines régions d’Afrique où les œufs d’autruche font partie de son menu, il est obligé d’avoir recours à un stratagème pour pouvoir les consommer, son bec trop fin ne lui permettant pas de casser l’épaisse coquille. Il saisit une pierre entre ses mandibules, et la jette sur l’œuf. Il recommencera tant que la coquille ne sera pas fêlée, jusqu’à pouvoir insérer son bec dans la fente et se délecter de l’intérieur.

Le vautour percnoptère est un oiseau migrateur, et dans les derniers jours d’août, les mouvements vers le Sud du Sahara commencent, atteignant leur plus forte intensité courant septembre.  Qu’il vive en Europe, au Proche Orient ou en Afrique du Nord, il partira vers ses quartiers d’hiver et reviendra en février-mars. Il passe par Gibraltar et le Bosphore, et le spectacle est à chaque fois saisissant ! Il occupe une zone nettement méditerranéenne pendant la reproduction, mais en Europe, il s’étend vers les Balkans, sous le Danube et la Crimée. 

Les jeunes de l’année partant vers le sud, ne reviendront que quelques années plus tard sur leur lieu de naissance, à l’âge de la maturité sexuelle et de la reproduction, c’est-à-dire dans quatre ou cinq ans. Ils auront à ce moment-là le plumage adulte blanc et noir, après être passés par divers stades de coloration, du plus foncé au départ, au blanc-brun en cours d’évolution, pour enfin ressembler à leurs parents.  

Ce petit vautour vit dans les zones montagneuses où les falaises lui offrent des cavités accueillantes pour son nid. En revanche, il  a besoin de parcourir des terres découvertes pour chasser et se nourrir. Les adultes vivent en couple, assez séparés l’un de l’autre car ils semblent peu sociables. Les vautours percnoptères se rassemblent en dortoirs le soir, sur des falaises marines ou intérieures. On peut distinguer trois zones distinctes dans ces concentrations. La première est un dortoir ; la seconde est un endroit où les oiseaux peuvent prendre la chaleur du soleil ; la troisième enfin est un lieu où ils se nourrissent, apportant là quelques  proies. Ils peuvent se regrouper à quelques dizaines d’individus, immatures et adultes mélangés. 

Le vautour percnoptère ne peut être confondu avec aucun autre oiseau de proie. De loin, il ressemble à une cigogne blanche, mais lorsqu’il s’approche, ses larges ailes aux bords parallèles, sa queue cunéiforme, sa petite tête à la face jaune et au bec mince et bien crochu le rendent unique. 

Plus rare que d’autres espèces tout aussi belles, il est le symbole vivant de cet Oiseau Phoenix qui disparaissait pour mieux revenir. Espérons simplement qu’il ne désertera pas nos montagnes et qu’il y reviendra chaque année. Il est vulnérable à cause de ses effectifs trop peu nombreux. En Espagne, en France, en Grèce et en Turquie, il a été volontairement empoisonné par les agriculteurs qui croyaient, à tort, qu’il était porteur de vermine.       

Particulièrement  vénéré dans l’Egypte antique, le vautour percnoptère est l’un des plus beaux joyaux de nos Pyrénées. Son rôle de « nettoyeur » lui valut la sympathie d’un pharaon qui punissait de mort quiconque tuait l’un de ces oiseaux. Ces faits lui valurent le nom d’ « enfant du pharaon ».  Un tel honneur historique  vaut bien quelques égards non ?

Texte et photos de Nicole Bouglouan

Pour plus d’informations sur ce rapace, voici un article rédigé en espagnol par Javier Pastor Gonzalez: ALIMOCHE

Autre lien: Les vautours de l'Ancien Monde

Sources :

THE HANDBOOK OF BIRD IDENTIFICATION FOR EUROPE AND THE WESTERN PALEARCTIC by Mark Beaman, Steve Madge - C.Helm - ISBN: 0713639601

GUIDE DES RAPACES DIURNES – Europe, Afrique du Nord et Moyen-Orient de Benny Génsbol – Delachaux et Niestlé – ISBN : 2603013270 

Animal Diversity Web - (University of Michigan Museum of Zoology)

BirdLife International

Wikipedia (Wikipedia, The Free Encyclopedia)

 

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